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Le financement participatif a-t-il encore du sens pour lancer un projet en 2026 ? (4/4)

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10 septembre 2026
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Le financement participatif a-t-il encore du sens pour lancer un projet en 2026 ? (4/4)
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En bref

Treize ans après le lancement de 1083 sur Ulule, que vaut encore le financement participatif ? Cadre réglementaire refondu, marché en repli sur l'equity mais en rebond sur le don : le bilan, chiffres à l'appui, pour un porteur de projet en 2026.

En 2013, Thomas Huriez visait 100 jeans vendus sur Ulule, « à l’échelle de [son] petit magasin de vente en Isère ». Il en a vendu 1 000 (voir épisode 1). Treize ans plus tard, si vous deviez tester une idée ou lancer un projet avec un capital de départ limité, le financement participatif serait-il encore le bon réflexe ? La question mérite d’être posée sérieusement, parce que le marché du crowdfunding lui-même a beaucoup changé depuis.

Dernier épisode de la série consacrée à 1083 (épisode 1, épisode 2, épisode 3). On quitte ici l’histoire de 1083 elle-même pour prendre un peu de hauteur : que dit l’état du financement participatif en France en 2026 sur la pertinence de cet outil, aujourd’hui, pour un porteur de projet ?

Un cadre né en 2014, rebâti depuis

Le crowdfunding français s’est structuré à partir de 2014, avec la création des statuts IFP (intermédiaire en financement participatif) et CIP (conseiller en investissements participatifs) — le cadre sous lequel 1083 a financé son lancement sur Ulule en 2013, puis son emprunt participatif sur Lita.co en 2019-2020 (voir épisode 2). Ce cadre a depuis été remplacé : le 10 novembre 2023, à l’issue d’une période transitoire de deux ans, le statut CIP a cédé la place au PSFP (prestataire de services de financement participatif), sous l’effet du règlement européen ECSP. L’objectif du régulateur européen était d’harmoniser le cadre applicable aux plateformes de prêt et d’investissement participatifs à l’échelle de l’Union — avec, à la clé, un plafond annuel de collecte abaissé de 8 à 5 millions d’euros, une classification des investisseurs entre « expérimentés » et « non expérimentés », une fiche d’informations clés obligatoire pour ces derniers, et un passeport européen permettant aux plateformes françaises d’opérer dans toute l’Union (Weelim, 2023). Le financement participatif qui a lancé 1083 en 2013 et celui qui existe aujourd’hui ne relèvent donc plus tout à fait du même cadre juridique.

Les chiffres du marché aujourd’hui

Après une décennie de croissance quasi continue, portée surtout par l’immobilier et le prêt rémunéré, le marché a connu deux années compliquées : 2,089 milliards d’euros collectés en 2023, puis 1,731 milliard en 2024 (-17,1 %). L’année 2025 marque un rebond, léger mais réel : 1,763 milliard d’euros collectés (+1,8 %), pour près de 13 milliards cumulés depuis 2015 (Forvis Mazars & France FinTech, 2026). Le nombre de projets financés recule cependant fortement, à 132 369 (-19,1 %) — un repli concentré sur le segment du don, qui représente pourtant la majorité des projets en volume.

Ce qui recule fortement

Deux segments tirent le marché vers le bas. L’immobilier participatif, qui pèse encore près de la moitié de la collecte totale (845 millions d’euros, 47,9 % en 2025), a reculé de 25,8 % en 2024 avant de se stabiliser à peu près en 2025 (-1,9 %, 1 004 projets contre 1 139 en 2024) — mais la qualité des projets s’est dégradée : environ la moitié des opérations immobilières financées en 2025 présentent des difficultés significatives (retards de plus de six mois, procédures collectives, pertes), selon le même baromètre (Forvis Mazars & France FinTech, 2026).

L’investissement en capital recule pour sa part deux années de suite : 267,2 millions d’euros en 2023, 202,5 millions en 2024, 170 millions en 2025 — soit un repli cumulé de 36 % en deux ans (Forvis Mazars, 2025 ; 2026). C’est précisément le segment auquel on pourrait être tenté de rattacher, à tort, le second appel à la communauté lancé par 1083 en 2019-2020 : comme on l’a vu dans l’épisode précédent, il s’agissait en réalité d’un emprunt participatif — un prêt, sans entrée au capital —, donc d’un outil de dette, pas d’equity crowdfunding. Le parallèle avec 1083 doit donc être nuancé : l’entreprise s’est diversifiée vers un outil de dette participative, pas vers le segment qui recule le plus fortement aujourd’hui.

Ce qui résiste le mieux

Le don contre récompense — le modèle historique d’Ulule qui a lancé 1083 — est le seul grand segment en croissance sur la période : +11,5 % en 2024 (178,9 millions d’euros, 161 861 projets), puis stabilité en 2025 (178 millions d’euros). Un second segment, plus récent, tire lui aussi son épingle du jeu : le financement participatif des énergies renouvelables, qui représente désormais plus de 20 % de la collecte totale (358 millions d’euros en 2025, +1,7 à 2 % selon les sources, et 407 projets financés, en hausse de 31 %) — un segment que ni 1083 ni le plan de travail initial de cette série n’avaient identifié, et qui montre que le recul touche des segments précis — l’immobilier, l’investissement en capital — plutôt que le crowdfunding dans son ensemble (Forvis Mazars & France FinTech, 2025 ; 2026).

Cette résistance du don rejoint une explication que Thomas Huriez développait déjà en 2024, sa théorie des quatre proximités — kilomètres, nombre d’intermédiaires, temps, complexité :

« La proximité de chacun avec la conséquence a un impact direct sur la prise de responsabilité. » — Thomas Huriez, webinaire du 16 octobre 2024

Cette proximité affective ne suffit pas à elle seule à expliquer l’écart : le montant engagé et le profil des financeurs jouent tout autant. S’engager pour 5, 20 ou 50 euros dans un projet qu’on suit n’implique pas le même rapport au risque qu’un ticket de crowdequity ou de crowdlending, généralement plus élevé et immobilisé plus longtemps. La littérature académique distingue d’ailleurs deux logiques de financeurs assez différentes : dans le don, le bénéfice recherché tient à l’expérience même de soutenir un projet — le contributeur s’y comporte davantage en consom’acteur qu’en investisseur —, quand l’investissement en capital vise un bénéfice financier, ce qui suppose une décision plus proche du calcul, même pour de petites sommes (Belleflamme, Lambert & Schwienbacher, 2014). Les deux publics ne se recrutent donc pas de la même manière, et n’arbitrent pas selon les mêmes critères.

Le changement de comportement des financeurs

Au-delà des chiffres globaux, la manière de financer a changé. Les décisions sont plus lentes et plus réfléchies qu’au pic du marché — environ 89 jours de collecte en moyenne pour un projet —, avec une exigence accrue de transparence et de compréhension du risque de la part des financeurs (Les Entrepreteurs, 2025). Le rythme s’est ralenti, mais la posture des financeurs a changé plus profondément encore : la « foule » de 2026 se comporte moins comme une communauté qui suit un coup de cœur que comme des investisseurs, même modestes, qui veulent comprendre où va leur argent.

Ce qu’il faut retenir : le crowdfunding, un outil à choisir selon l’usage, pas par principe

Voici ce que cet état des lieux donne à voir comme repères pour un dirigeant qui envisagerait, aujourd’hui, de faire appel au financement participatif :

  • Le don-crowdfunding reste un outil pertinent et éprouvé pour tester une idée. Il continue de faire ce qu’il a fait pour 1083 en 2013 : valider une demande à faible risque financier, avant tout investissement lourd, tout en fédérant une première communauté.
  • Le crowdequity navigue aujourd’hui à contre-courant du marché. Avec un repli cumulé de 36 % en deux ans, il exige une préparation et une crédibilité plus fortes qu’il y a dix ans — ce n’est plus un pari facilement accessible à un porteur de projet novice.
  • Le cadre réglementaire s’est professionnalisé, pas simplifié. Le passage du CIP au PSFP en 2023 a apporté un passeport européen et davantage de protection des investisseurs, au prix d’exigences de transparence plus lourdes pour les porteurs de projet.
  • Un secteur en croissance ne veut pas dire un secteur sans risque. L’immobilier participatif pèse toujours presque la moitié du marché, alors qu’environ un projet sur deux y rencontre aujourd’hui des difficultés significatives.
  • La proximité reste le moteur de l’engagement. Plus un financeur perçoit directement la conséquence de son geste — peu d’intermédiaires, peu de distance, peu de complexité —, plus il s’engage durablement.

Voilà où en est, treize ans après le pari lancé par Thomas Huriez dans son petit magasin de Romans-sur-Isère, l’outil qui a permis à 1083 de démarrer. L’histoire racontée dans cette série — un lancement financé par la foule, une structuration industrielle appuyée sur un nouvel emprunt participatif et sur l’État, une traversée de crise sectorielle sans y être épargnée, une communauté dont le rôle a évolué du financement à la transmission d’un savoir-faire — n’est pas une martingale reproductible telle quelle. C’est un ensemble de choix documentés, dont certains ont payé et d’autres non, qui montre concrètement ce qu’il est possible de faire avec peu de capital de départ, à condition d’accepter d’ajuster sa trajectoire au fil des opportunités — et des échecs.

Si cette série vous inspire des pistes pour transformer votre propre modèle économique, réservez un appel stratégique pour mettre les vôtres à plat — ou partagez-la à un entrepreneur qui a besoin de l’entendre.

Sources

  • Weelim (2023). Crowdfunding : le statut CIP n’existe plus, place au PSFP. weelim.fr
  • France FinTech (2026). Baromètre 2025 du crowdfunding en France. francefintech.org
  • Forvis Mazars (2026, mars). Communiqué de presse — Le crowdfunding connaît un léger rebond en 2025 et a collecté près de 13 milliards d’euros cumulés depuis 2015. forvismazars.com
  • Forvis Mazars (2025, février). Communiqué de presse — Le crowdfunding franchit le cap des 10 milliards d’euros cumulés mais affiche un recul en 2024. forvismazars.com
  • Les Entrepreteurs (2025). Le crowdfunding en 2025 : entre résilience, transformation et nouvelles opportunités. lesentrepreteurs.com
  • Financement Participatif France (FPF). Le crowdfunding se maintient au-dessus des 2 milliards d’euros collectés [données 2023]. financeparticipative.org
  • Huriez, T. (2024, 16 octobre). Cycle « Ils et Elles l’ont fait » — La réindustrialisation textile de proximité [webinaire, replay]. Fabrique d’innovation pour les transitions (SG des ministères Territoires, Écologie, Logement) & IGPDE. Replay Dailymotion
  • Belleflamme, P., Lambert, T., & Schwienbacher, A. (2014). Crowdfunding: Tapping the Right Crowd. Journal of Business Venturing, 29(5), 585–609. sciencedirect.com

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